On entend parfois parler d’un cheval comme s’il était « fait ».
Débourré.
Rééduqué.
Mis au travail.
Problème réglé.
Et puis quelques jours, semaines ou quelques mois plus tard, le cheval recommence à avoir certaines réactions, ou en développe de nouvelles.
Alors on se demande : « Mais pourquoi ? Il savait pourtant le faire… »
Parce qu’en réalité, avec un cheval, rien n’est jamais complètement figé.
Un cheval apprend tout le temps
Le cheval passe son temps à observer son environnement.
Il regarde, il écoute, il ressent, il analyse ce qui se passe autour de lui. Il fait des associations entre les événements et ce qu’il a déjà vécu.
C’est ce qui lui permet de savoir qu’une situation est familière, qu’une autre mérite peut-être un peu plus de prudence, qu’un endroit est rassurant ou qu’une expérience s’est mal passée.
Et cet apprentissage ne s’arrête pas lorsque la séance de travail est terminée.
Un cheval continue d’apprendre dans son quotidien.
Chaque expérience peut venir renforcer quelque chose… ou au contraire modifier ce qu’il pensait savoir.
Un cheval qui a toujours embarqué facilement peut commencer à hésiter après une mauvaise expérience dans le van.
Un cheval qui partait seul en extérieur peut devenir plus méfiant après une grosse frayeur.
Un jeune cheval parfaitement serein au montoir peut commencer à bouger après avoir vécu quelque chose qui l’a inquiété.
Cela ne veut pas forcément dire que tout ce qui avait été appris auparavant a disparu.
Cela veut simplement dire que le cheval a vécu quelque chose de nouveau, et qu’il en tient compte.
Le débourrage n’est pas une garantie pour toute la vie
C’est quelque chose que je trouve important de rappeler, particulièrement avec les jeunes chevaux.
On peut prendre le temps de faire un très bon débourrage, avec un professionnel compétent, dans de bonnes conditions, et obtenir un cheval qui démarre très sereinement dans sa vie de cheval monté.
Mais le travail ne s’arrête pas là.
Pendant le débourrage, le cheval apprend énormément.
Ensuite, il va continuer à apprendre avec son propriétaire.
Et c’est là que les choses deviennent vraiment intéressantes.
Parce que le cheval va découvrir le monde avec cette personne-là.
Il va découvrir sa façon de demander, sa façon de réagir lorsqu’il a peur, sa façon de gérer une situation compliquée, son niveau de confiance, ses habitudes…
Et tout cela va participer à la construction du cheval.
Le professionnel peut poser les bases. Le propriétaire doit les faire vivre.
Faire appel à un professionnel pour le débourrage ou la rééducation de son cheval peut être extrêmement bénéfique.
Mais je pense qu’il est important de ne pas voir cela comme une prestation qui permettrait de récupérer un cheval « terminé » à la fin.
Le professionnel peut apporter son expérience.
Il peut permettre au cheval de découvrir de nouvelles choses dans de bonnes conditions.
Il peut aider à débloquer une situation et surtout, il peut donner à l’humain des clés pour continuer ensuite.
Mais il ne peut pas être présent dans toutes les situations du quotidien.
Et surtout, il ne peut pas construire la relation à la place du propriétaire.
C’est ensuite à l’humain de continuer à observer son cheval, à comprendre ses réactions, à entretenir ce qui a été appris et à savoir s’adapter lorsque quelque chose change.
Parce que parfois, le cheval n’a pas besoin qu’on lui demande davantage.
Il a simplement besoin qu’on l’écoute.
« Pourtant, il le faisait très bien avant… »
Oui.
Et c’est justement là qu’il faut éviter de tomber dans le piège du « il sait, donc il doit ».
Un cheval peut savoir faire quelque chose et ne pas être capable de le faire sereinement aujourd’hui.
Son environnement peut être différent.
Son état émotionnel peut être différent.
Il peut avoir vécu une mauvaise expérience.
Il peut être plus inquiet, plus fatigué, plus tendu ou simplement avoir besoin qu’on reprenne un peu le temps.
Et parfois, il faut accepter de revenir en arrière.
Pas parce que tout est à refaire.
Mais parce que le cheval d’aujourd’hui n’est pas exactement celui d’hier.
Et c’est aussi pour ça que notre propre évolution est importante
On demande souvent au cheval d’évoluer.
D’être plus calme.
Plus concentré.
Plus courageux.
Plus à l’écoute.
Mais nous aussi, nous devons évoluer avec lui.
Apprendre à mieux observer.
Apprendre à reconnaître les premiers signes de tension.
Apprendre à ajuster notre demande.
Apprendre à ne pas attendre que le cheval explose pour comprendre qu’il était déjà en difficulté depuis plusieurs minutes.
Et parfois, apprendre aussi à remettre en question notre propre façon de faire.
Parce que notre cheval ne va pas rester exactement le même pendant les années que nous allons passer ensemble.
Il va changer.
Nous allons changer.
Notre relation va changer.
Et c’est normal.
Alors, et après le débourrage ?
Après le débourrage, il n’y a pas une case « cheval terminé » à cocher.
Il y a simplement une nouvelle étape qui commence.
Le but n’est pas d’obtenir un cheval qui ne réagira plus jamais, qui ne prendra plus jamais peur et qui fera toujours exactement ce qu’on lui a appris.
Ce cheval-là n’existe pas.
Le but est plutôt de construire une relation dans laquelle, lorsque quelque chose change, on sait l’observer et y répondre.
Parce qu’un cheval continuera toujours à apprendre.
De nous, de son environnement, de ses expériences et de tout ce qu’il vivra au quotidien.
Alors oui, investir dans un bon débourrage, une rééducation ou un accompagnement professionnel peut être une très bonne chose.
Mais le plus important ne se joue pas uniquement pendant ces quelques semaines.
Il se joue aussi après.
Dans toutes ces petites expériences du quotidien que personne ne voit.
Dans la manière dont on répond à une peur.
Dans la manière dont on accompagne une hésitation.
Dans la façon dont on choisit de prendre le temps plutôt que de passer en force.
Parce qu’avec un cheval, rien n’est jamais définitivement acquis.
Et finalement, peut-être que le véritable travail commence justement lorsque le professionnel nous rend notre cheval.
Pas parce que le travail précédent n’était pas suffisant.
Mais parce que c’est à ce moment-là que commence notre propre responsabilité : continuer à évoluer avec lui.
